Les classiques de la musique ivoirienne des années 1980

Les classiques de la musique ivoirienne des années 1980
By Arts scéniques, Tradition
Oct 01

Les classiques de la musique ivoirienne des années 1980

La décennie 1980 est celle où la Côte d’Ivoire est chicotée de plein fouet par une crise économique. Le miracle ivoirien d’alors devient un mauvais souvenir. Cependant, la scène musicale ne cesse de se renouveler de par ses acteurs et les productions. C’est la décennie qui a vu l’émergence des chanteurs ivoiriens à l’international.

On peut citer entre autres Alpha Blondy, Monique Seka en passant le créateur du Zoblazo, Meiway.

Alpha Blondy – Brigadier Sabari

Qui ne connaît pas ce tube de Jagger ? C’est une chanson qui traverse des générations.

Rien ne prédisait un succès international à Seydou Koné (son nom à l’étranger). Bob Marley « le plus grand reggaeman de l’histoire » tirait sa révérence en 1981. Alors qui pouvait prétendre à carrière après lui (et certainement sans sa bénédiction) ? En 1982, avec The Naty Rebels, il sort son premier album Jah Glory

Le succès de cet opus doit son salut aux radios libres en France. En effet, lors de la prise de pouvoir par le gouvernement Mitterand, l’on assiste à la libération du paysage de la radio en France. Ce qui permet d’avoir de plus en plus de radios. Ainsi le pouvoir diffuser et écouter ce qui nous plaît était grand. Sans toutefois subir la dictature des radios étatiques. 

Comment s’opère la magie ? Tout part d’un concours de circonstances bien orchestrées. Monsieur Savary, alors ministre de l’éducation sous Mitterrand amorce des reformes qui ne sont pas bien accueillies. C’est du pain béni pour la chanson « Brigadier Sabari » de Alpha. Les étudiants français entendaient « Brigadier Savary » pour cette chanson en la langue Dioula qui dénonçait plutôt les violences policières en Côte d’Ivoire. Ceux-ci ont directement pensé qu’un africain adhérait à leur cause et dénonçait le ministre comme un brigadier de l’école publique française.

 Le succès ne se fait pas attendre. Tout le continent africain succombe suite à une diffusion largue de cette chanson dans l’émission « Canal Tropical » de TF1. C’est ainsi que la carrière internationale de Jagger décolle. 

Woya – Kacou Anazè

Ce classique est né grâce au concours de feu Français Konian. Comme signifié plus haut, la Côte d’Ivoire connaît une crise économe qui la met à genoux. Les bailleurs de fonds, en l’occurrence le FMI décident d’imposer des restrictions au pays pour espérer qu’elle retrouve sa santé économique d’antan. Tous les secteurs sont visés sans exception. Ce qui a pour conséquence de couper les subventions réservées l’industrie musicale.

C’est dans cette atmosphère que François Konian décide de s’installer dans la ville de Divo avec le groupe Woya qu’il décide de coacher. Composé de 8 membres et venant tous d’Abidjan, le groupe Woya fait les travaux champêtres durant une partie de la journée et consacre l’autre partie à la l’enregistrement et la répétition de leur album à venir. Leur opus Kakou Anazè sort en 1985 et il reçoit un bel accueil national. Cet album de 5 titres qui invite à la fête, passe en boucle à la radio. Il apporte un vent frais et de modernité à la musique ivoirienne.

Le titre éponyme est le plus gros tube du groupe. Kakou Anazè signifie araignée dans la culture Akan. Dans les contes de ce peuple, cet animal est le plus intelligent et le plus malin.

Antoinette Konan – Petit quinquin

Antoinette fait ses débuts en tant que Choriste à l’Orchestre de la Radio Télévision Ivoirienne (ORTI) sous la responsabilité de feu Manu Dibango. Elle rencontre cet illustre personnage de la musique africaine par l’intermédiaire feu Fulgence Kassy. Ce qui lui a valu son entrée dans l’orchestre, c’est son interprétation du titre « Help » de la chanteuse nigériane Sonny Okosun.

Sa technique de chant s’est bonifiée au sein de cet orchestre. Ce qui lui a permis de sortir des albums en 1984 et en 1986. C’est sur le second qu’elle cartonne avec la chanson « Petit quinquin ».

Sur un air de Zouk, Antoinetti (comme pourrait le prononcer les Baoulé, peuple dont elle est originaire) nous raconte l’histoire d’un Don Juan qui a été largué par l’une de ses conquêtes. Après le succès de cette chanson, les jeunes filles donnaient une réponse qui a eu le vent en poupe à cette époque. Elles la sortaient aux dragueurs qui ne les intéressaient point. « Moi que tu vois là, tu m’as bien regardée ? J’ai pas le temps des petits quinquin dè… ».  Comprenez par-là : « tu me prends pour qui, je ne me laisse pas embarquer par les petits séducteurs ! »

Meiway – Ayibebou

De son vrai nom Désiré Frederic Ehui Meiway, le créateur du Zoblazo fait ses premiers pas dans la musique avec l’orchestre « Le Pace » issu du Collège de Grand-Bassam. Ils font leur petit bout de chemin et atterrissent à l’émission de Variétés « Podium » où ils remportent la deuxième place en 1978. Pour souci d’incompréhension lors du partage de ces gains amassés durant le concours, le groupe se disloque.

Meiway ne se morfond pas sur son sort. L’année qui suit la division de « Le Pace », il fonde l’orchestre « Les Génitaux » avec qui il remporte le premier pris de Podium en 1981.

Ce qui leur a valu une tournée dans toute la Côte d’Ivoire. A travers ses créations, il valorise les musiques de son terroir tels que l’Abodan et le gros Lot pour ne citer que ceux-là. La future star est originaire du peuple N’Zima.

Il sort son premier album est 1989 et le titre « Ayibebou » (rouler les reins en N’zima) est un tube incontestable. C’est de là qu’est partie la longévité musicale qu’on connaît à Meiway. Celui-ci n’a cessé de nous égayer avec des albums hauts en couleur.

Monique Séka – Missouwa

Issu du peuple Attié, la jeune Monique a une relation particulière par la musique depuis le berceau. Son peuple est considéré comme les « congolais » de la Côte d’Ivoire à cause de leur amour pour la musique après les travaux champêtres. L’un des plus célèbres orchestres de l’histoire musicale de la Côte d’Ivoire, Les Grands Colombias du Peuple, est l’œuvre de son père qui était chanteur et guitariste : Okoi Seka Athanase.

Les chances que Monique Seka fasse une carrière musicale étaient alors très grandes. Notons aussi que son grand père a aussi marqué l’histoire de la musique ivoirienne.

Elle fait ses armes en tant que choriste à l’ORTI (Orchestre de la Télévision Ivoirienne). Contrairement à son père qui faisait la rumba congolaise, elle a opté pour l’afro-zouk. Un mélange entre les rythmes de son terroir et le zouk savamment orchestré. Tout ceci saupoudré par la kompa venu d’Haïti.Elle sort un premier album en 1985 « Tantie Affoué », mais elle ne récolte pas le succès escompté. C’est en 1989 que les choses se précisent. Elle fait appel à l’arrangeur cap-verdien Abel Lima qui est à la partie technique pour son album « Missouwa ». Le titre éponyme ne laisse personne indifférent dans toute l’Afrique subsaharienne. Ce succès international vient comme une récompense après les effets consentis par son père et son grand père pour la musique ivoirienne.

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