Les classiques de la musique ivoirienne des années 1960

Les classiques de la musique ivoirienne des années 1960
By Arts scéniques, Tradition
Août 30

Les classiques de la musique ivoirienne des années 1960

La musique a toujours été partie intégrante de la culture ivoirienne. Que ce soit pour les événements heureux ou non, la musique a une place de choix. Elle rythme la vie sociale.

Pour prétendre au titre de chanteur ou chanteuse dans les années, il fallait être un bon parolier et aussi détenir la voix capable de faire frémir le public. Jusqu’à très récemment, toutes les productions musicales étaient exclusivement acoustiques. Cela démontre combien il fallait être en constante amélioration.

La musique urbaine tire en partie son inspiration des musiques dites du terroir. Elles sont riches et pluridimensionnelles. La musique a beaucoup rythmé les années avant et après indépendance de la Côte d’Ivoire.

Dans cet article, nous allons vous présenter 5 classiques de la musique des années 60.

Par Abdulbassit Adéwalé

Après l’obtention de l’indépendance en Août 1960, le gouvernement ivoirien dans son ambition de développer la musique, lance un programme afin de doter les différents départements d’orchestres. Les « orchestres départementaux » voient le jour. Ils sont dotés d’instruments électriques et ont la charge d’animer les manifestations administratives et les fêtes populaires.

Avec le temps, les formations musicales privées font leur apparation.  L’orchestre du Conseil de l’Entente de Mamadou Doumbia, l’Ivoiry Band d’Anoman Brouh Félix, mais aussi le duo féminin Les Sœurs Comöe, le couple Allah Thérèse et N’Goran la Loi pour ne citer que ceux-là.

Trio De L’Entente Mamadou Doumbia – Super Bebe

Trio De L’Entente Mamadou Doumbia – Super Bebe

Fondateur de l’orchestre « Le Trio de l’entente » devenu plus tard « Orchestre du Conseil de l‘Entente » en 1962, Mamadou Doumbia est l’une des figures emblématiques de la première génération de musiciens d’après indépendance. Il était auteur, compositeur, guitariste et chanteur. En 1963, il sort deux chansons qui le feront connaître au grand public. Il doit principalement son succès à la chanson « Super Bébé » qui est une ballade en langue mandingue sur un rythme afro-cubain pour bercer les adultes et les enfants en pleurs. Il s’est aussi distingué avec « l’estomiase » un style de danse basé sur les rythmes, les mélodies et les danses mandingues.

Allah Thérèse & N’Goran la Loi – Indépendance 

Allah Thérèse et son mari N’goran La loi

Originaire de la région de Toumodi, plus précisément du village de Gbofia, Allah Thérèse est une artiste traditionnelle. Dans les années 1950, lors d’une célébration funéraire, elle rencontre celui qui deviendra son futur partenaire de scène : Béhibro N’goran alias « N’Goran la Loi ». Celui-ci joue à l’accordéon et est le lead vocal de son groupe musical qui promeut le même genre que Allah Thérèse :  l’Agbirô. Peu de temps après, ils se sont juré fidélité et sur la scène.

C’est ainsi qu’en 1956 ; ils enregistrent leur première œuvre commune « Ahoumo N’Seli ». Vêtus de pagne en coton tissé imprimé de symboles traditionnels baoulé, le couple chante « Fo’ndi » (la paix en langue baoulé) dans ses compositions.

Leur chanson « Indépendance » qui magnifie l’accession de la Côte d’Ivoire à l’indépendance est certainement leur plus gros tube. Elle prend sa retraite en 2018, après le décès de son époux la même année. Notons qu’elle et son époux ont été distingués Chevalier de l’Ordre du Mérite Ivoirien en 2012.

Jean-Baptiste Yao – Ode à Houphouët-Boigny

Né vers 1917 ou 1919, Jean-Baptiste Yao est un instituteur et amateur de musique. Il apprend à jouer l’accordéon sous la période coloniale. En 1966, avec sa chanson « Ode à Houphouët Boigny », il remporte le premier prix du « Concours National du Chant Patriotique » organisé par la RTI en 1963 (année de sa création). Cette édition avait pour thème « Sixième sillon ».

Dans cette chanson composée en français et en baoulé, Jean-Baptiste revient sur six années d’indépendance de la Côte d’Ivoire tout en remerciant le président Félix Houphouët-Boigny d’avoir tenu les promesses de ladite indépendance. C’est la seule œuvre qu’il a laissée au patrimoine musical ivoirien. Il tire sa révérence en 1992

Les sœurs Comoë – Abidjan Pon Sou

Nées dans la région de M’bahiakro, Madira et N’goran Mariam se sont faites remarquer grâce à leur voix fraîche et claire comme l’eau du fleuve du Comoé. C’est de là que leur vient leur nom « Sœur Comoé ». Avec une guitare et leur voix, elles réussissent à produire des chansons agréables pour le bonheur des amoureux de la musique. Elles ont fait face à une opposition de la part de certaines personnes. Pour ces gens-là, elles utilisaient l’instrument du blanc.

Grâce à l’intervention de Mathieu Ekra, ministre de l’information de la Côte d’Ivoire, elles ont eu le champ libre pour continuer à exercer leur passion. Celui-ci les présente lors du grand prix de la chanson ivoirienne, en 1964 au centre culturel de Treichville. Elles ont gratifié la Côte d’Ivoire de plusieurs belles sonorités. Mais leur chanson la plus célèbre demeure « Abidjan Pon Sou » (Sous le pont d’Abidjan en baoulé)

Anoman Brouh Felix – Anai

Anoman Brouh Felix Et Sa Nouvelle Formation – Vol. 3

A la perte de ses parents à l’âge de 10 ans, Anoman quitte Adzopé pour Abidjan afin de séjourner chez un membre de sa famille. Ceci avec l’aide de ses oncles. Dans la capitale, il pratique le métier d’apprenti tailleur. Chaque week-end, accompagné de ses amis, il fréquente les dancings de bals populaires.

C’est durant cette période qu’il est marqué par les sonorités délivrées par la guitare électrique. Cet instrument est quasi différent de l’arc à bouche, instrument originaire du peuple Attié.

Le jeune Anoman jette son dévolu sur cet instrument et décide de le maîtriser avec l’aide d’un grand frère du quartier. Il s’y attèle durant ses heures libres. Après avoir acquis suffisamment de connaissances, il décide d’abandonner son métier de tailleur pour monter un orchestre : l’Ivoiry Band.

Il s’inspire des sonorités Attié pour proposer des chansons magnifiques avec sa guitare électrique. Avec sa formation musicale, leur renommée dépasse la ville d’Abidjan. Ils font même des tournées dans toute la Côte à l’aide d’un véhicule leur appartenant.

Il marque la Côte d’Ivoire avec une grande discographie. Anai est parmi les plus connues. Une chanson qui a fait danser la première dame d’alors, Thérèse Houphouët Boigny.  

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