Kiff No Beat : Vers la fin du groupe ?

Kiff No Beat : Vers la fin du groupe ?
By Arts scéniques, Uncategorized
Déc 01

Kiff No Beat : Vers la fin du groupe ?

Depuis quelques temps, on retrouve les membres du groupe KNB dans des productions individuelles. Après « Assinie » de Didi B, le péché de El Jay, Ôdor de Joochar… est-ce le prélude à la fin d’un chapitre ? 

KIFF NO BEAT QUITTE UNIVERSAL MUSIC AFRICA

Pour ceux qui ne connaissent pas, Kiff no Beat est un groupe (il y a quelques années on aurait dit « crew » juste pour le flow) qui s’illustre dans le rap. Crée en 2009, il est constitué de 5 membres que sont Didi B, Elown, El Jay, Black K et Joochar. Kiff no beat pourrait se traduire comme « aime nos sons/mélodies »

Ils sont révélés au grand public en 2010 grâce à leur victoire au concours Fayaflow qui récompense les artistes hip hop. De 2010 à 2020, le chemin parcouru est aussi long que les exploits accomplis. Car si le coupé décalé a connu ses heures de gloire, il semble actuellement en pleine régression devant un rap ivoire qui s’invente et se réinvente avec de nouvelles figures. Sauf que depuis, le groupe Kiff no beat a réussi à se positionner en tête de lice de ce genre musical au plan international. 

Ils seraient donc d’une certaine manière les Kings du game en Côte d’Ivoire bien que Suspect 95 donne actuellement pas mal de fil à retordre. Mais il n’est pas question de comparer une personne à un groupe. La configuration est toute différente. 

La go, dernier single en date du groupe Kiff No Beat © Internet

Si le groupe a réussi à s’ancrer durablement dans le paysage musical ivoirien c’est notamment grâce à une période favorable : l’époque des swags. Vous savez ? Cette époque où les jeunes adolescents se donnaient rendez-vous à « la shisha » ou encore au château de glace. Sans oublier le magazine Pipol qui livrait des potins croustillants (souvent inventés) sur la vie des influencers de l’époque. Le plus drôle reste les looks tirés par les cheveux dans le but de ressembler à des stars américaines. Souvenez-vous notamment de quelques paroles d’un titre de Kiff no beat qui décrit bien l’ambiance :

Snap back sur la tête, good wood au cou … 

Sortie de ce moment de nostalgie, il convient de dire que le groupe Kiff no beat nous a fait passer de bons moments. Entre leurs albums et leurs singles, ils ont su trouver et grandir avec leur public. 

Cependant est-il en train de s’essouffler ? Est-ce que comme avec la sexion d’assaut c’est l’heure de la dissolution ? Ou simplement sont-ils dans une période où ils essaient de tester les potentialités individuelles ?  Aucune thèse n’est à rejeter. 

Essayons tout de même de garder l’esprit ouvert. Si l’heure de la fin sonne que deviendra chaque membre du groupe ? Qui aura le succès de Maitre Gims ? Qui laissera tomber ? Essayons d’envisager. 

Bien avant, il est important de saluer le fait que depuis leur signature avec Universal Music africa leurs clips ont une touche artistique et/ou culturelle et ça on adore.  

Didi B 

A l’epoque déjà, il était reconnu pour son caractère bien trempé. Il se positionnait d’une certaine manière comme le lead du groupe sans pour autant faire de l’ombre aux autres membres. Son truc à lui c’était l’argot trap ou encore le rap sale. D’un air hautain, il plaçait des rimes crues notamment dans le titre intitulé « bébé ».

Avec le temps, l’artiste a gagné en sagesse. On le retrouve avec la même énergie qu’il transpirait autrefois dans des titres assez hypes. Fermez les yeux ; Au-delà de son accent tout à fait ivoirien, les influences nigérianes sont bien présentes dans « puissant ». Mixez l’esprit de Fela Kuti au timbre de Burna Boy et vous obtiendrez une connotation dont se rapproche le style actuel de Didi B. Y ajoutant les influences ivoiriennes notamment avec le passage wôyô dans son titre « Assinie », il a trouvé sa signature. Est aussi à saluer la direction artistique de ses clips. Il en jette. Avec des vêtements de designers africains, ces lieux qui vantent les paysages touristiques ivoiriens, Didi B retransmet l’image d’une Côte d’Ivoire fraiche, jeune et branchée. 

El Jay 

El Jay en 2014 – 2015 était le gars avec qui toute jeune adolescente aurait rêvé de sortir. Il avait un de ces flows ! Dans le groupe Kiff No beat, il avait l’habitude des refrains et franchement c’était juste adorable. El jay, c’est quelque peu le Justin Bieber national. A l’opposé de ses paires, il est plus bon chanteur que rappeur. 

Toutefois qu’est ce qui s’est passé ? Qu’est ce qui n’a pas marché ? 

En 2020, El Jay a été victime d’un lynchage médiatique à la sortie de son titre « le péché ». Une partie du clip a été tournée au musée des costumes de Grand Bassam. C’est l’un des points positifs. A côté, le titre après écoute laisse mitigé. 

Il y a un problème au niveau du son qui rend l’écoute délicate, difficile. Et non, la répétition de rythme n’a pas réussi à en faire un tube. Pourquoi ? L’artiste n’y semblait pas naturel et se débattait tant bien que mal dans un style musical qui ne lui va pas à l’évidence. Sans compter l’ambiance des bougies qui nous enfonçaient dans le délire nigérian ; sorte d’imitation une fois de plus de « Joro » de WizKid. (Dans le clip, on voit Wizkid dans une salle avec des bougies). Le scénario des bougies s’est reproduit dans Ô’Dor de Joochar. Volonté de la prod ou volonté des artistes : que dire ? 

Au final, El jay a son public. C’est un artiste. S’il explore le RNB, un peu plus que l’afrobeat il pourrait réserver de belles surprises et faire taire les calomnies des uns et des autres. 

Elown 

Plus tôt, ses passages dans les chansons de son groupe étaient remarquables. On avait envie de les savoir par cœur. Nous étions alors à l’affût de ses rimes ; de la fluidité et la rapidité de son rap aussi de l’aspect intellectuel qu’il avait. 

Il a été l’un des premiers du groupe à entamer des solos. On le retrouvait en collaboration avec de jeunes rappeurs ivoiriens. Au-delà d’encourager la jeune génération, il a réussi à convaincre avec ses choix musicaux. Il aborde dans un style très ivoirien les réalités comme c’est le cas dans « Demain y’a pas cours » qui bien qu’il montre la joie des élèves de ne pas aller à l’école témoigne des failles du système éducatif. Notre coup de cœur reste son single intitulé « Moon » dans lequel l’artiste nous fait partager l’un de ses moments les plus intimes : son histoire d’amour avec sa chère et tendre épouse ainsi que leur mariage. Que nous réserve-t-il encore ? 

Joochar 

Rien que l’entendre dire « dirty monopole » peut vous faire acheter un disque. Joochar, c’est un ensemble de goods vibes. Son style à lui au-delà de l’afrobeat tend vers le dancehall et le reggae. 

S’il pourrait tout aussi bien finir animateur télé ou radio, sa signature d’artiste musicien est toute aussi imposante. Son dernier titre Ô’dor s’ouvre sur une œuvre de l’artiste plasticien Albéric Kouassi. Elle fait référence au fait que certains peuples de la Côte d’Ivoire ont une descendance égyptienne. L’artiste en fait il cas ? 

« Sauront jamais ce qui ce passe dans le 13 »

Car en effet, c’est dans les dialectes ivoiriens qu’il faut aller chercher le sens des paroles de son dernier titre. Choix d’autant plus audacieux qu’il est rare de voir des rappeurs s’illustrer dans le tradi-moderne. Joochar n’en a pas peur ; ce qui lui confère une touche originale et authentique qu’il pourrait défendre encore pendant de nombreuses années. 

Black K 

Autrefois, Black K, c’était Lil Wayne à la sauce ivoirienne. Les abdos, les locks, les tatoos… rien ne manquait à l’appel. Il avait déjà à l’époque réalisé des titres de manière individuelle. Le hip hop, le rap, il connait. L’afrobeat ? why not. 

Il est le dernier membre du groupe à avoir fait une sortie musicale de manière individuelle. Dans un style un peu coupé-décalé, l’artiste se range du côté des artistes dont les chansons ont pour but de motiver. Black K a le profil d’un couteau-suisse. On pourrait bien l’imaginer dans un style afrotrap ou peut être du pur rap. 

Dix ans de carrière commune, c’est un grand exploit. Selon vous, l’heure de la séparation a-t-elle sonné pour le groupe Kiff no Beat ? 

Leave your Comment

Recent Posts

Le Gbôfè d’Afounkaha 2 : les acteurs
Le Gbôfè d’Afounkaha 2 : les acteurs
avril 10, 2021
Le Gbôfè d’Afounkaha 1 : les instruments de musique
Le Gbôfè d’Afounkaha 1 : les instruments de musique
avril 08, 2021
La symbolique de l’or chez les Akan
La symbolique de l’or chez les Akan
avril 06, 2021