Ciné-critique : Djagassa, pour l’amour d’une mère

Ciné-critique : Djagassa, pour l’amour d’une mère
By Arts visuels
Sep 03

Ciné-critique : Djagassa, pour l’amour d’une mère

Hyacinthe Hounsou réalise avec son quatrième long métrage une œuvre forte et dense, un film somme sur quelques fléaux qui enlisent son pays. Un très beau travail à soutenir et encourager car la nouvelle vague du cinéma ivoirien pourrait bien venir de cette incontestable réussite.

Par Franck Bortelle

Bendji, adolescent déscolarisé, se rend à la police, persuadé d’avoir tué le contremaître de la mine d’orpaillage clandestine dans laquelle il s’est enrôlé volontairement. L’officier de police qui le reçoit connaît bien son cas pour avoir, quelques temps plus tôt, arrêté sa mère accusée de meurtre. Aidé par la police et une assistante sociale, le jeune homme va s’employer à faire relâcher celle qui est tout pour lui, sa confidente aussi bien que sa pourvoyeuse de rêves. Embuches et obstacles vont jalonner ce long parcours vers la vérité.

Si ce portrait d’un ado désabusé et parachuté de force dans un monde d’adultes réussit à convaincre, il faut bien évidemment tout d’abord en accorder le plein satisfecit à son scénariste. L’écriture, extrêmement soignée de « H.H. », comme l’appellent ses proches, va prendre appui sur ce personnage central, axe narratif autour duquel s’élaborent l’intrigue et le constat social alarmant d’un pays en mal de repères. La maîtrise des effets de narration, nœuds dramatiques et péripéties, témoigne d’un travail d’entomologiste à saluer.

D’un écran à l’autre

Les plus grands cinéastes ont toujours écrit leurs scénarios, pierre angulaire de leurs œuvres en devenir, maitrisant ainsi leur sujet d’un écran à l’autre, de l’ordinateur à la salle de projection… (1). Hyacinthe Hounsou a parfaitement intégré ce concept et la mise en image de son travail d’écriture témoigne d’un savoir-faire évident dans la continuité artistique. Construisant son film en flash-backs itératifs servant une narration toujours très fluide, sans jamais déconnecter le spectateur alors même qu’aucun effet de caméra ne vient les annoncer, comme cela se pratiquait dans le cinéma US d’après-guerre (2), il fait confiance à son script avant tout. Et à ses interprètes…

Le réalisateur Hyacinte Hounsou lors du tournage

La distribution offre en effet de très beaux moments. Et si l’on retient plus particulièrement la puissante cinégénie du jeune Yohann Bado dans le rôle de Bendji, on ne peut qu’admirer les deux femmes fortes du film (l’assistante sociale et la mère du jeune garçon) rôles défendus par deux excellentes comédiennes au spectre émotionnel plus que large.

Loin d’un naturalisme auquel on aurait pu s’attendre sur de tels sujets sociétaux (travail des enfants, place de la femme dans une société fortement patriarcale, corruption généralisée, terrorisme, fossé social provoqué par l’argent), « Djagassa » est avant tout une œuvre de pure fiction, misant sur l’action et traitée comme telle. La musique, d’une étourdissante beauté, offre un lyrisme à des images très travaillées qui rendent hommage à la magnificence du pays mais elle accompagne également de splendides séquences de pure émotion.

Un bel objet de cinéma donc qui aurait certes pu être amputé d’une ou deux séquences (dans la maison de l’ex-femme du flic, notamment), mais dont la tenue aussi bien filmique (cadrages, choix de plans) que narrative laisse entrevoir une sortie de tunnel au cinéma ivoirien. Du très beau travail, assurément.

  • Ne citons qu’Orson Welles, Alfred Hitchcock, Claude Chabrol, Ken Loach ou Quentin Tarantino…
  • Entre autres Vincente Minnelli dont « Les Ensorcelés » est construit sur trois flashbacks, Joseph L. Mankiewicz avec sa sublime « Comtesse aux pieds nus », Billy Wilder et son chef d’œuvre du film noir « Assurance sur la mort » ou plus récemment le « Titanic » de James Cameron.

DJAGASSA

Bande annonce officielle de Djagassa

Écrit et réalisé par  Hyacinthe HOUNSOU

Avec Yohann Bado, Christian Ezan, Hadja Ouattara, Jimmy Koy, Aurélie Eliam…

Photographie : Alain Nounagnon

Musique : Jesse Sah Bi et Mida Mathness

Genre : Drame, aventures

Durée : 2h00

Actuellement sur les écrans d’Abidjan

Leave your Comment

Recent Posts

Primud : Tout est à refaire
Primud : Tout est à refaire
novembre 19, 2021
Ce qu’il faut retenir du Primud 2021
Ce qu’il faut retenir du Primud 2021
novembre 18, 2021
Kephale X Obou : Quand le vêtement se fait œuvre d’art
Kephale X Obou : Quand le vêtement se fait œuvre d’art
novembre 11, 2021