Artistes africains : ces similitudes qui interpellent

Artistes africains : ces similitudes qui interpellent
By Arts visuels
Avr 27

Artistes africains : ces similitudes qui interpellent

Il arrive bien souvent en art contemporain que les trouvailles les plus inattendues, et les techniques artistiques les plus neuves soient déjà employées dans des œuvres anciennes oubliées ou inconnues. Réflexion sur les similitudes dans le travail des artistes africains.

Par David Dolégbé

Tel artiste plasticien, sculpteur ou photographe s’imagine un jour avoir trouvé un procédé nouveau, une technique qui lui est propre, une façon de voir les choses qu’il croit lui appartenir jusqu’à ce que, par hasard dans une salle de musée, dans la boutique d’un antiquaire, dans une salle d’exposition d’une galerie ou dans un livre, il s’aperçoit que bien avant lui, quelqu’un a déjà eu la même idée. 

Un jour, j’ai remarqué au centre artisanal et culturel d’Abidjan sis à Marcory une statuette faite par un artisan de la place qui ressemblait beaucoup à une autre exécutée par un sculpteur malgache du XVIe ou XVIIe siècle que j’ai découvert en lisant un livre sur l’état des lieux de l’histoire de l’Art en Afrique.

Inspiration, plagiat ou plagiat par anticipation ?

Voyez par exemple les œuvres de Mounou Désiré Koffi, un jeune artiste qui compte parmi les plus avancés de sa génération et les œuvres de Pascal Konan, artiste faisant partie des références de l’art contemporain en Côte d’Ivoire. Y’a t-il entre ces deux techniques d’art une différence si grande ? Même si le premier est un élève du second, rien ne justifie le fait que leur technique se ressemble autant. Alors que, les réseaux sociaux et les moyens de communication de notre époque tendent à rendre Mounou Désiré dépositaire de cette technique de récupération des plaques de téléphones portables associé à l’acrylique sur toile. On se souvient qu’à l’époque des premières toiles de Mounou, certains amateurs d’art criaient au plagiat. Mais l’histoire retiendra seulement une forme d’inspiration ou d’influence du maître sur l’élève dans une position d’apprentissage.

Mounou Désiré et Pascal Konan

Néanmoins, ce cas de figure est loin d’être le seul qui nous remue. En Août 2020, une peinture murale de Saraï D’hologne exécutée dans un établissement hôtelier à Abidjan attirait notre attention quant à sa ressemblance aux formes qu’on aperçoit dans les œuvres d’un certain Alberic Kouassi, reconnu également pour son travail dans des espaces publics. Hasard ou pas, nous retrouvons dans les œuvres de Saraï des caractères identiques à ceux d’Albéric.

Une chose est sûre, ces deux artistes travaillent pourtant avec un grand sens de la ligne et beaucoup d’observation. Tout semble indiquer que ce sont de véritables artistes qui s’adonnent en aucun cas à plagier le travail d’autres artistes. Mais ce qui peut leur arriver, c’est le plagiat par anticipation. Une forme de plagiat inconsciente qui échappe à la critique. Un artiste peut accomplir une œuvre et se rendre compte bien plus tard qu’elle a une ressemblance avec le travail d’un autre artiste. C’est une situation qui arrive bien souvent, car le monde dit-on “est petit”. Néanmoins, il ne faut pas conférer au plagiat par anticipation un statut égal en dignité à celui dont bénéficie depuis longtemps le plagiat classique.

Pendant ce temps, des artistes reconnaissent les inspirations trouvées dans leurs travaux. C’est le cas de Soro Kafana, artiste sculpteur qui a beaucoup appris auprès de Jems Koko Bi, la référence en matière de sculpture avec bois en Côte d’Ivoire et même dans le monde. En outre, celui-ci dit à ceux qui veulent l’entendre que ces œuvres ne ressemblent guère à celles de Jems Koko Bi.

© Jems Koko Bi
© Soro Kafana

Jems Koko Bi et moi utilisons la même matière qui est le bois mais, chacun essaie de s’exprimer à sa façon. Il arrondit les formes et moi je m’inscrit dans les tracés. Les gens pensent qu’il y a ressemblance parce qu’ils ont été longtemps habitués à voir les œuvres de Jems Koko bi. Une fois que quelqu’un essaie de sculpter le bois, on trouve que son travail ressemble à celui de Jems.

Ne constatez-vous pas une allitération dans les thèmes des œuvres d’art ?

Mais les similitudes ne résident pas seulement dans les techniques ou l’utilisation des formes géométriques : elles concernent également les thématiques des œuvres contemporaines. Aujourd’hui, l’une des tendances est la condition de vie des enfants ou des femmes relatée dans la sélection de plusieurs plasticiens. Des thèmes qui se ressemblent un peu trop et qui donnent un coup de monotonie aux expositions d’art en Afrique.

On notera surtout et là est l’essentiel, que ce constat en appelle avec force à la mobilisation des artistes sur des problèmes dont la plupart d’entre eux veulent s’interroger. Reste à savoir, cependant, si cela ne tue pas la diversité et l’originalité qui nous séduit chaque jour devant des œuvres d’art contemporaines.

En définitive, sachez que ce phénomène n’est pas propre à la Côte d’Ivoire. Cela existe partout dans le monde, pas seulement dans les arts plastiques, même dans la littérature et la musique entre autre. Deux artistes camerounais que sont Boris N’zebo et Ajarb Bernard y sont confrontés. Admirez bien les deux œuvres et vous comprendrez…

© Boris N’Zebo
© Ajarb Bernard


Comment (1)

  1. Vianney ATTO Avr 28 2021 - 12:56

    L’Art est un moyen d’expression et de communication, chaque artiste est guidé par ses émotions, ses ressentis, et sa vision des choses, c’est cet état de fait qui pousse chaque artiste à produire ce qu’il a à cœur de faire.
    Loin d’être du plagiat ou de l’influence, bien vrai que les œuvres ont des similitudes, je pense à mon humble avis que chaque artiste à son idéologie, et son identité artistique.

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